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ÉCOLOGIE

Justice sociale et écologie : quand les inégalités freinent la transition verte

Justice sociale et écologie : quand les inégalités freinent la transition verte
  • Publishedjuin 7, 2022

Certaines mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique peuvent accroître les inégalités (économiques, sociales, de genre…). Cela ne doit cependant pas justifier l’inaction climatique. Ne rien faire ne ferait que différer et aggraver les problèmes d’injustice sociale face aux effets du dérèglement climatique.

Les personnes les plus pauvres sont les moins responsables de la dégradation de l’environnement, et pourtant elles sont les plus touchées par sa violence. ATD Quart Monde agit pour allier justice environnementale et justice sociale.

Enjeux et constats

Depuis les années 70, les publications scientifiques se sont multipliées pour documenter les dérèglements environnementaux, leurs causes, leurs mécanismes, leurs conséquences en cours et à venir. Il est aujourd’hui reconnu que les activités humaines, exerçant une pression toujours plus forte sur l’environnement, sont les principales responsables de ces dérèglements. 

Canicules, sécheresses, santé… chacun et chacune voit son quotidien affecté par ces changements environnementaux. Cependant, la rapidité et l’intensité de leur impact sont loin d’être les mêmes pour toutes et tous : les inégalités environnementales renforcent le plus souvent les inégalités sociales et les personnes qui vivent la pauvreté sont les plus durement impactées par les dérèglements climatiques alors même qu’elles possèdent moins de moyens pour y faire face.

Le plus durement touchées, mais le moins écoutées

Alors même que les inégalités liées à la crise écologique augmentent, les réponses politiques qui y sont apportées excluent, une fois de plus, les personnes en situation de pauvreté. Non seulement on ne les écoute pas dans la construction de solutions adaptées, mais en plus elles sont pointées du doigt lorsqu’il s’agit de dénoncer des responsables.

L’objectif maintenant est de penser à une transformation de notre société fondée sur la justice sociale. Nous sommes convaincus que la transition écologique ne sera possible que si elle se construit avec toutes et tous. Les personnes les plus défavorisées ne doivent pas être les victimes collatérales de mesures prises pour lutter contre les changements environnementaux et climatiques. Au contraire, elles peuvent être une source de proposition et d’inspiration pour faire de cette transition une opportunité d’améliorer les conditions d’existence de tous. Chacun doit pouvoir accéder à un mode de vie digne et compatible avec la lutte contre le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité.

Faire de l’environnement une cause commune, c’est aussi lutter contre la stigmatisation des plus pauvres qu’on condamne à vivre dans des barres HLM pourries, mal isolées, comme j’ai pu l’être, où j’avais des dépenses de chauffage pas possibles.

Nos actions pour une justice sociale et environnementale

La première étape est de permettre aux plus pauvres de s’emparer de ces enjeux climatiques et environnementaux, d’exprimer la diversité de leurs perceptions et de leurs questionnements, de les croiser ensemble et avec les savoirs des scientifiques et des acteurs de terrain, et d’en tirer des réflexions et des priorités d’action communes.

Les jardins partagés

Avec comme axe central l’accès à une alimentation saine et l’inclusion, a travers les jardins partagés, action concrète et durable intégrant des enjeux climatiques et environnementaux.

Les jardins partagés permettent de réfléchir à son rapport à la consommation mais aussi de créer du lien au sein d’un quartier. Ils sont régulièrement accompagnés de moments collectifs de cuisine et permettent à chacun et chacune de découvrir son environnement.

La sensibilisation sur le lien entre justice climatique et justice sociale

Créé en 2022, le jeu « Coup de chaud sur les inégalités » met en lien les enjeux climatiques et sociaux. Il permet à chacun de s’interroger sur sa manière de vivre et l’impact de ses choix ou de ses non-choix sur l’environnement. Ce jeu met également à mal les clichés sur les pauvres pollueurs en permettant de calculer les empreintes carbones de différents profils.

En France, malgré des objectifs affichés ambitieux, la transition est à la peine : retards dans les énergies renouvelables, lenteur de la rénovation énergétique, hésitations sur la planification écologique. Plus qu’un manque de moyens, ces blocages traduisent des arbitrages politiques rétrogrades.

Alors que l’urgence climatique, sociale et économique s’intensifie, il est urgent que chaque action politique ou communautaire puisse contribuer a l’amélioration des conditions de vie des populations rurales et urbaine. Il n’y aura jamais de justice climatique sans justice sociale. La justice sociale vise à garantir un traitement équitable des individus et des groupes. Ce concept repose sur l’idée que chaque groupe ou individu bénéficie d’une part équitable des avantages sociaux, économiques et environnementaux. De ce fait, la justice environnementale est une composante essentielle de la justice sociale . Il existe cinq grands principes de justice sociale essentiels à une meilleure compréhension de ce concept. Il s’agit de l’accès aux ressources, de l’équité, de la participation, de la diversité et des droits humains.

La justice environnementale, quant à elle, est « le traitement équitable et la participation effective de tous, sans distinction de race, de couleur, d’origine nationale ou de revenu, en ce qui concerne l’élaboration, la mise en œuvre et l’application des lois, règlements et politiques environnementales ». Toute politique qui ne respecte pas ces normes favorise l’injustice environnementale.

L’injustice environnementale peut avoir des effets dévastateurs sur la santé et la morbidité des populations minoritaires défavorisées. Ces communautés sont fortement exposées à des risques environnementaux tels que les substances toxiques, la pollution de l’eau ou de l’air, ou encore des niveaux dangereusement élevés de pollution atmosphérique due au trafic routier.

Les personnes qui subissent les effets néfastes de la pollution environnementale, qu’elle provienne de déchets toxiques, d’activités industrielles ou d’autres sources, peuvent développer de nombreuses maladies, notamment :

  • Diminution de la fonction pulmonaire
  • Asthme
  • Emphysème
  • Cancers
  • Déficits immunitaires
  • Troubles nerveux
  • Lésions hépatiques et rénales
  • maladies de la peau

L’exposition constante aux polluants et aux substances toxiques présents dans l’eau ou l’air peut également entraîner des décès prématurés. Selon Newsweek , aux Etats-Unis, 200 000 Américains meurent chaque année des suites de la pollution environnementale, les communautés à faibles revenus et les communautés noires étant touchées de manière disproportionnée.

Racisme environnemental : son rôle dans la justice environnementale et sociale

Une forme extrême d’injustice environnementale est le racisme environnemental. Ce racisme se manifeste lorsque des décisions prises par des entreprises ou des gouvernements désavantagent délibérément les communautés minoritaires, par exemple en les exposant à des installations industrielles ou à des sites de déchets toxiques. De telles décisions peuvent affecter de manière disproportionnée les communautés de couleur ou les personnes de statut socio-économique inférieur, comparativement aux quartiers aisés ou majoritairement blancs.

Le racisme environnemental peut avoir plusieurs causes, notamment :

  • La disponibilité de terrains bon marché dans les quartiers noirs ou à faibles revenus
  • négligence intentionnelle
  • Absence d’application des lois sur la protection de l’environnement

Le racisme environnemental est tout aussi injuste et odieux que toute autre forme de racisme et de maltraitance. La pollution délibérée des quartiers noirs ou défavorisés cause des souffrances incommensurables à leurs habitants. Non seulement la pollution et la proximité de déchets toxiques peuvent avoir de graves conséquences sur la qualité de vie, mais elles peuvent aussi nuire gravement à la santé et potentiellement entraîner des décès prématurés.

Si votre communauté ou vous-même avez été victime d’injustice environnementale et de racisme, vous pouvez agir. Consulter un avocat spécialisé en justice environnementale est une première étape importante qui vous permettra de mieux comprendre les recours possibles pour obtenir justice et réparation.

Exemples d’injustice environnementale

Pour mieux comprendre ce qu’est l’injustice environnementale et son impact réel sur les communautés, il est utile d’examiner des exemples passés afin de comprendre comment elle se produit et ce qui peut être fait pour y remédier.

Dans un cas flagrant d’injustice environnementale, des Marines stationnés sur l’une des bases militaires de Camp Lejeune entre 1953 et 1987 en Caroline du Nord aux USA ont été exposés à de l’eau contaminée par divers produits chimiques. Ces Marines et leurs familles, y compris les enfants à naître durant cette période, ont subi de graves conséquences sur leur santé, notamment :

  • Cancers
  • Problèmes de fertilité
  • maladie de Parkinson
  • malformations cardiaques
  • défauts oculaires

Ces Marines et leurs familles ont demandé des prestations de santé au Département des affaires des anciens combattants (VA) pour les aider à vivre avec ces problèmes de santé.

Un autre exemple d’injustice environnementale est la construction de l’oléoduc Dakota Access (DAPL) sur le territoire de la tribu Sioux de Standing Rock. Selon la Smithsonian Institution , ce projet menaçait « l’approvisionnement en eau et les ressources culturelles » des Sioux de Standing Rock et des tribus environnantes. Standing Rock Indian Reservation est une réserve indienne lakota dans le Dakota du Nord et du Sud, aux États-Unis. C’est la sixième plus grande réserve des États-Unis en superficie. De fait, cette menace environnementale a contraint le gouvernement à déplacer le tracé du DAPL d’une zone à majorité blanche vers des terres autochtones, illustrant ainsi un cas flagrant de racisme environnemental.

La tribu sioux de Standing Rock et d’autres ont organisé des manifestations très médiatisées contre la construction du DAPL, attirant l’attention sur leur situation et suscitant la sympathie de tout le pays pour leur cause.

En résumé, la justice environnementale et sociale

Bien qu’il existe certaines différences entre justice environnementale et justice sociale, il n’en reste pas moins que nous sommes tous censés jouir des droits égaux qui accompagnent les deux, quels que soient notre origine raciale ou financière.

Si vous, votre famille ou votre communauté subissez une grave injustice environnementale, vous avez le droit d’agir. L’injustice environnementale contribue aux inégalités auxquelles les communautés noires et issues des minorités sont encore confrontées au quotidien, et c’est inacceptable.

L’air pur et l’eau potable ne sont pas des luxes, mais des droits fondamentaux. Ces dernières années, les Nations Unies ont adopté une résolution affirmant que l’accès à l’eau potable est un droit humain fondamental. Espérons que des résolutions similaires concernant la qualité de l’air et le droit de vivre dans un environnement sain seront bientôt adoptées.

Personne n’a le droit de vous priver, vous et vos proches, de l’accès à l’eau potable, à l’air pur et à un environnement sain en raison de votre couleur de peau ou de votre nationalité.

Written By
Mamadou Alimou BAH

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