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Les Etats-Unis se retirent de 66 organisations internationales dont la CNUCC

Les Etats-Unis se retirent de 66 organisations internationales dont la CNUCC
  • Publishedjanvier 10, 2026

La purge américaine se poursuit : le président américain Donald Trump a signé un décret ordonnant le retrait des Etats-Unis de 66 organisations internationales qui «ne servent plus les intérêts américains ».

La mesure concerne notamment un traité et le comité scientifique de référence sur le climat. Sur les 66 organisations touchées, environ une moitié d’entre elles sont liées à l’ONU, a annoncé mercredi la Maison-Blanche. La plus importante est la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC), traité fondateur de tous les autres accords climatiques internationaux, conclu en 1992 lors du sommet de la terre de Rio de Janeiro.

C’est dans le cadre de la CNUCC qu’a notamment ensuite été signé l’accord de Paris de 2015, dont Donald Trump a claqué la porte une deuxième fois dès son retour à la Maison-Blanche il y a un an.

Des attaques répétées contre la science climatique

Lors de son premier mandat, il avait également quitté l’accord de Paris, mais pas la CNUCC, permettant aux Etats-Unis de continuer à participer aux conférences annuelles sur le climat.

Ce retrait supplémentaire est « un nouveau signe que cette administration autoritaire et antiscience est déterminée à sacrifier le bien-être de la population et à déstabiliser la coopération internationale », a déploré auprès de l’AFP Rachel Cleetus, de l’organisation Union of Concerned Scientists.

Le décret ordonne également le retrait des Etats-Unis du comité d’experts scientifiques de l’ONU sur le climat (GIEC), qui fait référence en matière de science climatique, ainsi que d’autres organisations liées à la protection de la planète, comme l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, l’Union pour la conservation de la nature, ou encore ONU-Eau.

En septembre, à la tribune de l’assemblée générale de l’ONU, Donald Trump avait provoqué de vives réactions en s’en prenant à la science climatique, qualifiant le réchauffement de « plus grande arnaque de notre histoire » et faisant l’éloge du charbon « propre et magnifique ».

La poursuite de « l’Amérique d’abord »

Alors que le gouvernement américain s’en prend régulièrement aux objectifs de développement durable adoptés par les Etats membres de l’ONU pour améliorer l’avenir de l’humanité, comme la lutte contre le réchauffement ou l’égalité femme-homme, le décret publié mercredi ordonne d’autre part la sortie des Etats-Unis du Fonds des Nations unies pour la population. Washington avait déjà annoncé il y a plusieurs mois couper les financements à cette agence spécialisée dans la santé de la mère et de l’enfant.

L’administration Trump a également largement coupé l’aide américaine à l’étranger, amputant les budgets de nombreuses organisations onusiennes forcées de réduire leurs activités sur le terrain, comme le haut-commissariat aux réfugiés ou le Programme alimentaire mondial. Il a plus généralement lancé des attaques contre l’ONU, selon lui « très loin de réaliser son potentiel ».

Suite à des nombreux problèmes, le GIEC s’est réuni en France du 01 au 6 décembre 2025 dans un contexte de rupture du consensus mondial. Cette réunion est le résultat d’un échec palpable dans la gestion globale des situations climatiques dans le monde.

La France a accueilli les auteurs du prochain rapport du Giec au moment où le consensus climatique s’effrite. Les tensions entre pays, du calendrier de publication à la contestation américaine, laissent présager un cycle d’évaluation plus complexe que jamais.

Les travaux de préparation de son prochain rapport se déroulent dans un contexte d’éclatement du consensus international sur le changement climatique. Le rapport doit paraître en 2028 ou 2029. D’ici là, les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat devraient être entravés par la position hostile des Etats-Unis.

Le président américain Donald Trump l’avait résumée à la tribune de l’ONU à New York en septembre. Pour lui, lutter contre le changement climatique, « c’est la plus grande arnaque jamais menée contre le monde » et « une supercherie inventée par des gens aux intentions malveillantes ». La France, à l’inverse, cherche à sauver les engagements pris par les Etats lors de l’Accord de Paris en 2015, pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

La ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, a ouvert lundi matin cette réunion de cinq jours, à la Tour Pleyel à Saint-Denis, à côté de Paris. Elle s’est inquiétée, en plus de la hausse des températures, de « la montée de la désinformation liée au climat. Sur nos réseaux sociaux, dans nos journaux, et même au cœur de nos institutions politiques, trop de gens nient les résultats de votre travail », a-t-elle dit aux délégués.

Un format inédit

Le format est inédit : rassembler dans un même lieu les « auteurs principaux » de ce rapport censé faire référence dans le monde entier sur le dérèglement en cours du climat de la planète, menace très directe pour la vie et les écosystèmes. Le dernier rapport en date du Giec, paru en mars 2023, montrait que la planète était en route pour franchir au début des années 2030 la limite de 1,5°C de réchauffement par rapport à l’ère dite pré-industrielle. Depuis, des scientifiques ont estimé que ce plafond risquait fort d’être enfoncé avant 2030.

Ce rapport requiert en principe une unanimité des Etats. 

« Le Giec fonctionne par consensus. Et si un pays, quel qu’il soit, s’oppose au compte rendu, eh bien le compte rendu ne peut pas être approuvé. Chaque pays a une sorte de droit de veto », expliquait vendredi un climatologue du Groupe, Robert Vautard, lors d’une visioconférence avec la presse. 

« Les déclarations, par exemple, de l’administration américaine sur l’origine du changement climatique, le fait que ce soit un canular, si vous voulez, nous on trouve ça quand même assez surprenant », poursuivait un responsable du ministère français.

Un climatologue américain interrogé par l’AFP à Saint-Denis relevait que si ses collègues scientifiques étaient plus d’une cinquantaine de compatriotes à s’être déplacés, les fonctionnaires et représentants du gouvernement ne l’avaient pas fait. Donald Trump estime les travaux du Giec contraires aux intérêts de son pays.

Le président du Groupement d’experts, le Britannique Jim Skea, s’est également dit « assez sûr que personne du gouvernement britannique n’est ici », et a loué l’engagement de la France. 

« Aujourd’hui marque le moment où les préparatifs s’arrêtent et l’évaluation scientifique elle-même démarre vraiment (…) Notre mission reste claire : elle est de fournir aux gouvernements des informations pertinentes pour l’action publique et scientifiquement neutres », a-t-il affirmé.

2028 ou 2029

Le premier tiraillement visible entre Etats porte sur le calendrier. Le Giec publie tous les cinq à sept ans plusieurs rapports d’évaluation scientifique faisant le point sur les connaissances et les enjeux concernant le changement climatique. Les membres de la « Coalition pour la haute ambition » souhaitent un calendrier accéléré pour que les rapports clé du septième cycle du Giec soient disponibles lors du bilan mondial de 2028 prévu par l’Accord de Paris. Cette coalition regroupe de nombreux pays riches, dont ceux de l’Union européenne, et des pays du Sud vulnérables.

De l’autre côté, des pays, notamment émergents ou grands producteurs d’énergies fossiles, jugent cette échéance trop proche, et plaident pour 2029. Les précédentes réunions des membres du Giec cette année, dont la dernière à Lima fin octobre, ont montré l’impasse sur cette question. Cette ligne de fracture rappelle celle visible à la conférence de l’ONU sur le climat (COP30) à Belem, au Brésil, achevée le 22 novembre, sur la mention ou non de l’objectif d’abandonner les combustibles fossiles.

Les négociations sur le climat de la COP30 au Brésil ont débouché sur un accord adopté dans la douleur samedi 22 novembre. Les 197 États sont parvenus à arracher un consensus de faible portée réelle, sans aucune référence aux énergies fossiles, premier carburant du réchauffement. Ce qui déçoit l’Union européenne, contente la Chine et fait dire à la France que c’était « la COP des Brics ». 

« C’est la COP des Brics »

Une nuit de tractations en plus n’y aura rien changé : le texte final du Mutirão ne contient pas de mention des énergies fossiles, comme figurées dans l’accord historique trouvé à Dubaï, il y a deux ans. L’accord reste donc faible aux yeux du camp d’une plus grande exigence dans les efforts de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Et ce malgré une puissante offensive de la part de 80 pays qui ont formé une coalition en faveur d’une feuille de route pour amener les États à abandonner progressivement l’usage du pétrole, du gaz et du charbon, comme le requiert l’accord de la COP28. Cette demande était inenvisageable pour de nombreux pays (pétroliers, émergents) ou pas forcément soutenue par certains pays africains… 

Hier encore pour l’Union européenne, la mention des énergies fossiles était une condition sine qua non. Bruxelles, par la voix de son commissaire européen au climat Wopke Hoekstra, dit avoir cédé pour sauver le multilatéralisme. Les Brésiliens ont proposé de lancer un processus parallèle au cadre de la COP pour reprendre cette feuille de route. Une même initiative volontaire concernera une feuille de route de la déforestation. Mais elles pourront tout aussi bien s’empoussiérer sur une étagère. 

Ce sujet déçoit d’autant plus qu’il a été fortement insufflé par le président Lula dans ses discours des 6, 7 et 20 novembre, en appelant à la fin de la dépendance aux énergies fossiles à travers une feuille de route, suscitant un vif espoir de plusieurs nations et de la société civile.

Faiblesse également sur le sujet connexe de la réhausse de l’ambition climatique, la sortie des fossiles étant son principal moteur. Seuls 122 nouveaux plans climat, les Contributions déterminées au niveau national, ont été soumis. Environ 70 manquent, dont celui du troisième émetteur, l’Inde du nationaliste Narendra Modi, ou encore de l’Argentine du président d’extrême droite Javier Milei. La décision finale ne fait qu’« appeler à une accélération d’une pleine mise en oeuvre de ces dernières ». Ces politiques nationales sont l’instrument-clé de l’Accord de Paris car elles déterminent ce que les pays sont prêts à faire pour conserver l’objectif d’1,5°C-2°C de réchauffement maximal par rapport à l’ère pré-industrielle.

Nous n’allons pas cacher que nous aurions préféré davantage, et plus d’ambition sur tout », a reconnu le commissaire européen chargé du Climat, Wopke Hoekstra à la presse avant le vote. Mais « nous devons le soutenir, car, au moins, il nous emmène dans la bonne direction.

La Turquie accueillera la COP31, a Antalya en novembre 2026. Les efforts pour un monde sans énergies fossiles se poursuivent afin de réduire considérablement le réchauffement climatique et promouvoir les énergies renouvelables dans le monde.

Written By
Mamadou Alimou BAH

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