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Sortie des énergies fossiles: «Santa Marta a permis un débat plus profond»

Sortie des énergies fossiles: «Santa Marta a permis un débat plus profond»
  • Publishedmai 1, 2026

La conférence internationale sur la sortie de ces combustibles, qui réunissait plus de 50 pays volontaires, s’est terminée dans la nuit du 29 au 30 avril en Colombie. Ana Carolina Gonzalez Espinosa est une spécialiste des politiques de transition à l’Institut de gouvernance des ressources naturelles (NRGI), qui travaille plus spécialement avec le Sud. Elle a participé aux discussions et partage ce qu’elle en a retenu.

RFI : En quoi cette conférence, placée hors cadre onusien, composée de pays volontaires pour tourner la page des énergies fossiles, a-t-elle été utile ?

Ana Carolina Gonzalez Espinosa : Santa Marta a ouvert un débat sur des enjeux importants, particulièrement pour des pays producteurs de pétrole et de gaz dans le Sud. C’est le premier espace où s’expriment les intérêts et les besoins de ces pays, où l’on construit un agenda pour savoir comment mener la transition énergétique dans ces pays, étant donné leur grande dépendance envers ces ressources pour leur budget national.

Cette conférence a donc mis l’accent sur la nécessité de l’indépendance énergétique, sur la réduction de l’instabilité mais aussi sur les besoins de développement dans ces pays. Enfin, cela a créé un espace pour des acteurs souvent laissés de côté, comme les gouvernements locaux.

Qu’ont dit les pays africains, par exemple, qui veulent exploiter leurs ressources ?

Le gouvernement du Ghana a exprimé ses besoins de comprendre comment il pourrait tracer sa feuille de route pour conduire sa transition au-delà des combustibles fossiles.

Une réunion des gouvernements locaux s’est tenue avant la conférence. Le Nigeria y a envoyé des représentants du Delta du Niger. Des questions ont été posées autour de la réduction de la dépendance des économies locales qui dépendent parfois à 80 % du pétrole.

Mais des réponses, des solutions leur ont-elles été apportées ?

Il y a eu un partage d’expériences : l’État du Spiritu Sanctu, deuxième producteur du Brésil, a expliqué comment il planifie d’investir les réserves de fonds tirés du pétrole et en mobilisant le capital privé dans la diversification des économies et dans la transition énergétique. Il y a déjà des régions pétrolières qui font leur transition. Une étude que nous avons menée en Colombie, dans la région de Putumayo, montre comment les recettes du pétrole diminuent et que la production a baissé de moitié.

Toutes les réponses ne sont pas encore là, c’est le début d’un processus. Mais les différentes délégations avec lesquelles j’ai parlé ont trouvé que c’était un espace où elles pouvaient évoquer plus tranquillement les défis qu’ils vivent, mais aussi entendre des expériences concrètes qui ont marché ou pas.

Certains pays se sentaient plus inclus aussi, comme le Malawi ou les Tuvalu qui ont coordonné des groupes de travail. Cela a créé un espace de confiance pour partager les difficultés de manière honnête. Comme le sujet de la transformation des entreprises publiques pétrolières. Un membre d’une délégation d’Amérique latine m’a dit que c’était un sujet difficile et préoccupant, tant ces entreprises ont un rôle fiscal et social majeur.

Pourquoi « plus tranquillement » ?

Parce qu’ils n’étaient pas en train de négocier un accord ou de discuter sur l’inclusion ou non de tel ou tel terme dans une déclaration finale, des débats qui restent très superficiels. Là ils ont pu échanger sur des politiques publiques et sur leurs besoins spécifiques. La contribution de Santa Marta est d’avoir permis un débat plus profond. Le format des COP ne permet pas toujours de rentrer dans ces détails. Surtout sur ce sujet très controversé de la transition hors des combustibles fossiles.

L’esprit des participants, producteurs ou consommateurs d’énergies fossiles, vous a-t-il semblé sincère, du moins plus constructif que les COP ?

Il m’a semblé plus réaliste. Le fait que la France ait présenté une feuille de route de sortie des fossiles est déjà symbolique. Ensuite, c’est important puisqu’il y a une responsabilité historique des pays développés dans les émissions de gaz à effet de serre et qu’il y a une capacité fiscale et financière plus grande. Ils doivent montrer l’exemple. Enfin, cette feuille de route française inclut des engagements financiers pour aider la transition dans d’autres pays. Certes, il y a des critiques : la France doit être plus ambitieuse dans ses engagements et privilégier les subventions aux prêts. Mais c’est un pas important.

Quelles limites trouvez-vous à ce format inédit pour des discussions multilatérales, mais appelé à se répéter ?

Ce qui a manqué, c’est la participation d’autres types d’acteurs, tels que le ministère des Finances ou de l’Énergie et particulièrement les entreprises pétrolières nationales dans lesquelles les États ont un rôle : Ecopterol en Colombie, Pemex au Mexique, Petrobras au Brésil, GNPC au Ghana, NNPC au Nigeria… Ce sont des piliers économiques, notamment dans les pays producteurs du Sud, qui produisent la moitié du pétrole mondial. Les investissements qu’elles reçoivent, les subventions, sont faits pour qu’elles croissent davantage. Toute feuille de route doit les inclure pour être crédible. La ministre de l’Environnement de Colombie [Irene Vélez Torres] a dit s’attendre à une participation majeure de ces entreprises lors de la prochaine conférence. Et dans le texte final, il y a une mention, marginale, du besoin d’inclure ces entreprises étatiques.

Que savez-vous du résumé politique des deux co-présidences qui devrait sortir d’ici juin, pour préparer la COP31?

Le premier résumé qui a été rendu par les deux co-présidences met l’accent sur trois volets qui doivent faire l’objet de discussions futures : les feuilles de route, les aspects macro-économiques et financiers et le commerce. Le rapport final donnera les détails des discussions et les aspects plus concrets qui ont été partagés.

On a entendu aussi des délégués dire qu’il faudra réunir des pays aux conditions similaires parce que les feuilles de route ne seront pas les mêmes selon les pays s’ils sont importateurs ou producteurs. À l’intérieur d’un même pays, il devrait même y avoir une feuille de route spécifique pour les régions pétrolières.

Que veut dire pour vous une sortie des énergies fossiles en 2050 ?

Cela veut dire des choses différentes selon les pays. Cela veut dire qu’on doit réduire la dépendance aux combustibles fossiles, tant au niveau de la consommation que de la production. Dépendre à 30 % des exportations de son pétrole, comme la Colombie, avec des marchés aussi instables, ce n’est pas très sage. D’autant que les coûts de production dans ce pays sont hauts et les réserves à la baisse.

Quand on fait une feuille de route, ce n’est pas pour dire qu’il n’y aura plus de pétrole en 2050. Mais il y a une urgence climatique : les fossiles représentent 80 % des émissions responsables du changement climatique. Des urgences économiques aussi. La crise au Moyen-Orient a montré la nécessité d’une matrice énergétique moins dépendante du pétrole. Il faut s’assurer d’un approvisionnement propre mais aussi accessible, même en cas de bouleversements géopolitiques.

Cela implique des transformations économiques majeures qui se font sur des décennies. C’est pour cela qu’il faut définir ces feuilles de route dès maintenant pour que la sortie soit graduelle, organisée et pas abrupte pour les pays du Sud.

À quel point le financement de la transition a été un sujet à Santa Marta ?

Il l’a été et ce sera donc le deuxième volet des prochaines discussions. Il est clair pour les pays producteurs de pétrole et de gaz qu’il faudra mobiliser des ressources non seulement pour déployer des énergies renouvelables à l’échelle mais aussi pour clore la production de pétrole et compenser les impacts sociaux dans les industries. Les solutions doivent être accompagnées d’un financement important.

Mais ces besoins sont déjà amplement exprimés lors des COP. Qu’a pu apporter ce format ? Quelles options été davantage poussées ?

Comme je le disais, les COP ne prévoient pas cet espace pour les besoins spécifiques des pays producteurs. Et à Santa Marta, il n’y a pas eu cette discussion de savoir s’il faut faire ou non cette transition, mais comment la faire. 

Par exemple, il y a eu beaucoup d’échanges autour des subventions aux combustibles fossiles et la nécessité de les réduire pour financer d’autres priorités. Mais aussi sur comment utiliser les surprofits engrangés par les pays producteurs en raison de l’augmentation du prix du pétrole.

De quelle manière cette conférence va-t-elle influencer la COP31, en novembre en Turquie ?

C’est la question que beaucoup d’entre nous se posaient : il faudra voir comment ce type d’espace va pouvoir se connecter aux processus multilatéraux des COP. Parce que si cela reste deux processus totalement isolés, ce n’est pas une bonne chose.

Les co-présidences colombienne et néerlandaise ont fait part de leur intention de connecter cette conférence au processus de la présidence brésilienne de la COP30 autour d’une feuille de route de sortie des fossiles [dans le cadre onusien]. Ana Toni, à la présidence brésilienne de la COP30, a souligné qu’elle prendrait en considération les contributions de Santa Marta. On a donc l’engagement de ces deux parties à se coordonner pour remettre tout cela à la COP31. Au moins, il y a la volonté politique. Il faudra alors que la présidence de la COP31 accepte et suive.

Entretien réalisé par Géraud Bosman-Delzons, RFI

Written By
Mamadou Alimou BAH

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