Surconsommation textile : un accélérateur du dérèglement climatique
Alors que les Soldes de l’hiver viennent de débuter, il est important de se pencher sur l’épineux problème du rôle et de la responsabilité des industries textiles dans le réchauffement climatique, leurs impacts sur l’environnement et les humains.
Les soldes ont débuté officiellement en France le 7 janvier 2026 pendant que les températures étaient a -5 degrés en Ile de France, – 10 dans certaines zones urbaines et – 15 degrés ailleurs. Dans certaines zones de la France, la neige est tombée jusqu’à 30 cm et le froid a atteint des températures records -30 degrés dans certaines régions et villes de France perturbant carrément les transports et les habitudes des populations. C’est également la semaine des soldes et des ventes. Les centres commerciaux ont fait le plein à craquer. Les enseignes de fast-fashion, ces marques qui proposent de collection de qualités ont sorti leurs stocks pour brader un plus leurs prix avec des conséquences majeurs sur le plan environnemental et social.
En Europe, les textiles constituent le quatrième domaine de consommation qui a le plus d’impact sur l’environnement, derrière l’alimentation, le logement et la mobilité. La grande majorité de ces impacts (80 %) ont lieu hors d’Europe. Les trois principaux pays depuis lesquels l’Union européenne importe des vêtements sont la Chine, le Bangladesh et la Turquie.
Pour donner une simple indication sur cette industrie en vogue, voici les conséquences du secteur textiles sur l’environnement :
- 2 à 8% des émissions de gaz a effet de serre mondiale, selon Pnue
- 16 à 35% de la pollution mondiale liés aux microplastiques, selon EEA
- Produire 1 kg de textiles requiert 0,58 kg de produits chimiques, selon Pnue
- 1 Jean vendu de 30 à 40 euros requiert 600 à 700 litres d’eau, selon Ademe
- 5.5% des marques de vêtements paie un salaire décent ou dérisoire aux travailleurs, de travail forcé, des enfants et de risques pour la sante, selon Fashion checker
Le problème majeur de l’industrie textile est lié au microplastique.
La production est le moment le plus critique d’un point de vue environnemental, responsable de 80 % des impacts, contre 14 % pour l’usage, 3 % pour la distribution et 3 % pour la fin de vie.
Pour fabriquer un vêtement, tout commence par la culture des fibres. Lorsqu’elles sont naturelles, il faut des sols, parfois beaucoup d’eau et d’intrants chimiques, responsables de diverses pollutions. La culture du coton en particulier, qui représentait environ 20 % de la production mondiale de fibres en 2023, requiert beaucoup d’eau et d’engrais, avec des risques de travail forcé et de travail des enfants
La fabrication de polyester, qui représentait plus de la moitié (57 %) de la production mondiale de fibres en 2023, se fait à partir de pétrole, comme d’autres fibres synthétiques. De fait, elles ont généralement un impact climatique plus important que les fibres naturelles.
De plus, lors du lavage de vêtements fabriqués avec des fibres synthétiques, des microplastiques sont rejetés dans les fleuves, rivières et océans. L’industrie textile cause 16 à 35 % de la pollution mondiale liée aux microplastiques, selon l’Agence européenne pour l’environnement (EEA).
Des Impacts majeurs sur les droits humains
À partir des fibres, des fils et tissus sont fabriqués. Après leur teinture, délavage, blanchissement ou encore impression, ceux-ci servent à concevoir les vêtements. L’ensemble de ces processus nécessitent là encore de l’eau, de l’énergie et des produits chimiques potentiellement toxiques pour l’environnement et la santé humaine. Le cycle de vie d’un jean vendu 20 ou 30 euros, par exemple, requiert 6 000 à 7 000 litres d’eau.
La production de textiles a également des conséquences majeures sur les droits humains. Dans l’industrie du vêtement, les salaires des travailleurs et travailleuses n’atteignent pas des niveaux décents dans 94,5 % des cas, comme le met en avant l’ONG Oxfam, qui reprend les données de la coalition Fashion checker. Le travail informel est fréquent. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) pointe également des risques d’exploitation, de travail forcé et d’enfants, d’abus ou encore de problèmes de santé liés à l’exposition à des processus dangereux.
De plus, les différentes étapes de production peuvent se dérouler dans des « dizaines de pays » différents pour un seul vêtement, souligne également l’Ademe. Ce qui cause des émissions de gaz à effet de serre liées au transport.
Les vêtements sont transportés par bateau – avec des pollutions des océans – ou par avion, pour un impact carbone 14 fois plus élevé, selon des chiffres cités par l’ONG suisse Public eye fin 2024. Dans le monde, le secteur des textiles cause 2 à 8 % des émissions de gaz à effet de serre, une part qui devrait croître les prochaines années, d’après le Pnue. Elle pourrait atteindre 26 % en 2050.
Une surproduction textile délétère et une surconsommation incontrôlée
Parlons chiffres pour imaginer l’impact du textile sur l’environnement
- 470 000 modèles sont disponibles en même temps pour Shein et plus de 7 200 modèles en moyenne chaque jour pour H&M, selon les Amis de la Terre
- 4 à 9 % des textiles sont détruits avant même d’être utilisés
- Chaque jour 10 millions de pièces textiles et chaussures neuves sont vendu en France, selon Refashion 2025.
- Chaque vêtement est porté en moyenne 7 ou 8 fois, selon EEA,
- 14,4 % c’est la part de textiles orientés vers réemploi ou la réutilisation
- 7,2 % orienté vers le recyclage, selon le rapport Ademe publié en 2025
Ces chiffres montrent les impacts sociaux et environnementaux beaucoup plus inquiétants avec une surproduction et surconsommation très massive.
La croissance massive de la consommation s’explique par la grande quantite produite sans tenir compte des besoins des populations. Le problème porte aussi sur les quantités produites. L’augmentation des vêtements mis sur le marché ces dix dernières années est « constante » et « s’accélère fortement » depuis la fin des années 2020, constate l’ONG Les Amis de la terre dans un rapport de 2023. Cette évolution se produit alors qu’apparaissent les enseignes d’ultra fast-fashion avec des rythmes de rotation des collections encore plus fréquents.
Chaque jour de mai 2023,la marque chinoise Shein a ajouté 7 200 modèles sur son site en moyenne, pointent les auteurs du rapport, avec parfois 10 800 modèles dans la journée. 470 000 modèles sont disponibles en temps réel, en déduisent-ils, contre 25 000 pour la marque de fast-fashion suédoise H&M.
Résultat, en raison de la mauvaise qualité des produits et de l’abondance de l’offre, un vêtement est porté en moyenne 7 à 8 fois. En France, 10 millions de pièces textiles et de chaussures neuves sont vendues chaque jour, selon Refashion, l’organisme en charge de la seconde vie des textiles. Une grande majorité des achats sont effectués à faible coût, 8,2 euros en moyenne.
Les vêtements de la seconde main compromise
Une partie de ces vêtements peut être revendue d’occasion, notamment sur des plateformes en ligne, comme Vinted. Une pratique vertueuse sur le principe mais certains consommateurs « profitent (…) des possibilités de revente pour accélérer le renouvellement de leur garde-robe », en portant « très peu » leurs vêtements « issus de la fast-fashion », pointe l’Ademe.
Le recyclage, quant à lui, peine. En France, en 2023, seuls 7,2 % des textiles d’habillement, des linges de maison et des chaussures ont été orientés vers le recyclage et 14,4 % vers le réemploi ou la réutilisation, note également l’Ademe. D’abord, ces produits sont « complexes à recycler, en raison de leur composition et leur structuration ». Ensuite, « la France n’a pas les capacités suffisantes pour réemployer, réutiliser et recycler les 270 000 tonnes de déchets textiles qu’elle parvient déjà à collecter [sur les 811 000 mises sur le marché]. Beaucoup d’entre eux sont exportés, sans connaissance effective de leur devenir ».
Des vêtements détruits avant d’être porté
Les déchets atterrissent notamment dans les pays du Sud, pointe Oxfam. Dans les pays d’Afrique spécifiquement, « une grande partie finit par être mise en décharge, principalement dans des décharges à ciel ouvert, ou est incinérée à l’air libre, libérant directement des toxines sans filtration », note l’Agence européenne pour l’environnement.
Le recyclage des textiles peut contribuer à la pollution de l’environnement, en particulier lorsque des processus industriels énergivores sont impliqués », prévient également Oxfam.
Une partie des produits textiles ne sont jamais portés ou utilisés : 4 à 9 % d’entre eux sont détruits avant leur usage en Europe, selon l’Agence européenne pour l’environnement, qui comptabilise les vêtements recyclés, incinérés et mis en décharge dans ces destructions. Ces destructions ont lieu après retour d’articles achetés en ligne, ou concernent des produits qui n’ont jamais été vendus, en raison des « changements rapides de mode et des nombreux nouveaux modèles mis sur le marché au cours d’une année ».
Source : Carenews.com