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FRANCOIS LOUCENY FALL PARLE DES GRANDS ENJEUX POLITIQUES EN GUINÉE ET DE LA MALADRESSE DE L’ ÉTAT

Francois Louceny Fall

 François Louceny Fall est un diplomate hors-norme. Un homme de conviction, d’une grande probité morale, guidé par le bon sens. C’est un technocrate, un patriote et un homme politique au grand cœur qui allie professionnalisme, rigueur, humanisme et honnêteté intellectuelle dans la gestion des affaires publiques. C’est un homme simple, un citoyen au large sourire, un homme d’une grande humilité et très modeste dans son comportement habituel. C’est un visionnaire, un leadership expérimenté avec un parcours exceptionnel et des compétences avérées.

 François Louceny Fall est un ancien ministre des affaires étrangères, ancien ambassadeur, ancien représentant de la Guinée à l’ONU, ancien représentant de l’ONU en Afrique centrale, ancien Premier ministre, ancien Secrétaire général à la Présidence de la République et Président fondateur du parti Union Nationale des Patriotes de Guinée, UNPG.

 Aujourd’hui il nous fait l’honneur de nous recevoir à son domicile, à Paris, à Arnouville, en France pour nous parler de ses activités, de la situation sociopolitique, économique et diplomatique de la Guinée et de l’Afrique.

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« Je prends à témoin le peuple de Guinée. Je n’ai rien à me reprocher. Sinon les autorités actuelles m’auraient arrêtées. J’ai servi la Guinée. J’ai servi deux Présidents de la République. J’ai travaillé avec le Président General Lansana Conte, en tant que ministre des affaire étrangère et son premier ministre. Puis j’ai démissionné. Ensuite j’ai servi le Président Alpha Condé, comme Secrétaire général à la présidence, puis ministre des affaire étrangères. Puis j’ai quitté pour d’autres fonctions avec l’ONU en Afrique centrale. Si on me reprochait de quelque chose certainement, on m’aurait poursuivi. Pendant tout le temps où j’ai été aux affaires de l’Etat, mon premier souci était de respecter les biens de l’Etat. Je me suis évertué à respecter cette règle. C’est ce qui me sauve aujourd’hui. J’ai mis la probité morale, le leadership et la compétence.

Je pense que chaque responsable doit rendre compte de sa gestion. Si aujourd’hui je rentre et sors sans inquiétude, c’est parce que je n’ai rien à me reprocher dans le cadre de ma gestion antérieure des affaires publiques. On est toujours responsable de ce qu’on fait quand on est aux affaires. Il faut laisser la justice faire son travail pour les personnes qui sont arrêtées. Je ne voudrai pas trop commenter cette question parce que je ne voudrai trop me mêler des questions de justice. La seule chose que je dois dire, ce que quand on gère un pays, on doit tenir en compte de certaines valeurs. La justice pour moi ne doit pas un instrument de répression. Nous devons faire confiance à la justice et laisser la justice faire son travail ».

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Monsieur François Louceny Fall Bonjour. Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique et économique actuelle de la Guinée ?

FLF : l’histoire de la Guinée a connu beaucoup de vicissitudes dans le passé. Mais pour parler plus concrètement d’actualités, vous savez que depuis le 5 septembre 2021, avec l’intervention de l’armée et l’avènement du Comité National du Rassemblement pour le Développement, CNRD, la Guinée est conduite par un gouvernement militaire. Je voudrai souligner que c’est avec beaucoup de remous sociaux en Guinée notamment le changement de la constitution pour permettre au Président Alpha Condé de briguer un troisième mandat en violation flagrante des lois de la République que le changement a pu intervenir avec l’implantation d’un gouvernement militaire. Il y avait une vive tension en Guinée à l’époque. Donc l’armée a intervenu le 05 septembre 2021. On peut appeler ça un « coup d’état. »

  Aux premières heures de la prises de pouvoir, comme c’est une tradition partout en Afrique, Le CNRD a promis de restituer le pouvoir aux civils par l’organisation des élections démocratiques. Le CNRD a donc négocié avec la CEDEAO pour que la durée de la transition soit réduite à 2 ans. Elle s’est engagée à organiser des élections démocratiques, libres et transparentes. Elections au cours desquelles aucun membre du gouvernement ou du CNRD ne se présentera aux élections comme candidat. Et donc nous, nous avons pris acte de cette décision et créé notre parti depuis le mois d’aout 2023 pour participer aux prochaines élections nationales. Nous nous implantons un peu partout en Guinée comme en Europe.

Nous retenons donc de la situation en Guinée comme une situation assez difficile sur le plan politique, économique, sociale et même diplomatique. Nous faisons confiance à la promesse faite par le CNRD soit la fin de la transition en cette année 2024 à travers l’organisation d’une élection qui appelle le retour des civils au pouvoir. Les autorités actuelles annoncent l’élaboration d’une nouvelle constitution. Nous l’attendons avec fermeté et avec beaucoup d’intérêt.

 Sur le plan général, il y a eu beaucoup de choses ces dernières années en Guinée. Quelques reformes. Le lancement d’un grand projet Simandou qui reste un projet porteur, qui va créer beaucoup d’emplois. La question sera de savoir comment seront utiliser les ressources générées par ce méga projet ? C’est un investissement de près de 1 milliards de dollars qui sera rapporter à la Guinée à l’horizon 2025 dans l’ordre de 2 milliards de dollars par an. Ce qui est déjà une bonne affaire qui aidera à construire les infrastructures de base dont le pays a énormément besoin.

François Louceny Fall est candidats aux élections présidentielles en Guinée

 Au cours des derniers mois, la situation est un peu compliquée. Il y a eu l’incendie du dépôt des hydrocarbures. Ce qui impacte énormément la situation économique des ménages particulièrement et l’ensemble des populations. Les transports et les prix ont flambés. La restriction de l’accès à l’internet pour des raisons de sécurité nationale et biens d’autres cas rendent compliquer la vie des populations. La réduction de la liberté d’opinion et d’expression avec le musellement de certains médias affecte dangereusement la démocratie et les libertés collectives et individuelles.

 L’année 2024 est normalement l’année des élections en Guinée. On pourra avoir cette décrispation et permettre aux partis politiques de se mouvoir librement. Pour rappelle, quand il est arrivée au pouvoir, le CNRD a interdit aux partis politiques d’organiser toutes manifestations publiques pour empêcher le peuple de revendiquer leurs droits et de contrôler la marche de la transition. La levée des restrictions sur les partis politiques et leurs activités permettront d’engager le pays vers une voie libre et démocratique.

 L’arrivée au pouvoir des militaires le 05 septembre 2021 a suscité un grand enthousiasme. Les promesses ont été salué par la CEDEAO et les populations guinéennes à savoir la restauration de la démocratie, l’Etat de droit et l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Aujourd’hui, après deux ans à la tête du pays, le CNRD suscite-t-il toujours les mêmes intérêts, la même joie et la même admiration ? Quel bilan dressez-vous ? Est-ce que vous avez toujours foi en ces militaires ?

Je leur donne ce bénéfice là, jusqu’à maintenant. Je me dis qu’ils se sont engagés. Les dernières déclarations du Gouvernement confirment qu’ils vont organiser les élections et qu’aucun membre du CNRD ou du gouvernement ne sera Candidats. C’est un point fondamental sur lequel il faut insister. Personnellement je crois que la Guinée ne retrouvera le chemin du renouveau pour mettre fin aux paradoxes que nous décrivons dans les préambules de notre parti, qu’avec un gouvernement démocratiquement élu avec un leadership visionnaire au pouvoir. Des gens expérimentées avec des compétences et des qualifications professionnelles avérées. Des hommes de qualité avec une probité morale, des patriotes qui aiment servir le pays. C’est tout dont le pays a besoin pour aller à l’assaut du paradoxe que nous décrivons dans notre parti. Ce paradoxe, c’est quoi. Le monde entier sait que la Guinée recouvre des ressources naturelles abondantes, des énormes potentialités. Nous avons tout ce qu’il faut pour se développer. L’eau, l’énergie, les minerais, les ressources et tout. Les 2/3 des réserves mondiales de bauxites sont en Guinée. Près de 25 milliards de tonne de fer de très haute teneur. Des minerais de toutes sortes, variées et multiples. Des bonnes terres très propices à l’agriculture qui devrait être d’ailleurs la base de l’économie guinéenne. Une pluviométrie abondante. La Guinée est considérée par les experts comme le château de l’Afrique de l’Ouest avec des grands cours qui prennent leurs sources. Nous avons tous les atouts pour être meilleur et construire une Guinée très puissante. Mais depuis l’indépendance de la Guinée nous n’avons pas trouvé ce chemin. Il faut mettre fin à ce paradoxe et choisir un nouveau leadership de compétences, d’expériences, de probité avec des hommes, des femmes et des jeunes compétents et bien formés pour que nous puissions engager ce gigantesque combat pour le développement national et sortir la Guinée de cette situation de pauvreté extrême.

 La Junte militaire au pouvoir en Guinée promet d’organiser les élections en cette années 2024. La question de la durée des militaires au pouvoir et l’allongement de la durée de la transition se posent avec acuité. Les militaires envisagent de réviser le fichier électoral et d’élaborer une nouvelle constitution, de rétablir la justice et la confiance dans les institutions. Avec tous ces engagements et programmes, pensez-vous que le CNRD respectera le calendrier électoral de 2024 ?

 A ce sujet, je dirai franchement que j’ai quelques inquiétudes. Quand on voit le chronogramme qui été adopté et on voit le niveau d’exécution de chronogramme, on est en droit de dire que le calendrier ne sera pas tenu. Fort probablement l’élection ne se passera pas cette année. Nous avons des doutes sur la question.

 Si le calendrier électoral n’est pas respecté, quelle sera l’attitude de l’opposition ou des partis en lice ? Aujourd’hui toutes les activités des partis politiques sont suspendues. Pas de manifestations politiques. Certains leaders politiques sont emprisonnés, d’autres sont contraint à l’exil. Comment pouvez-vous faire entendre vos voix dans cette situation d’instabilité politique et d’ambiguïtés ?

 Il n’est vraiment pas souhaitable qu’il y ait un report de l’organisation de ces élections prévues en cette année. Il faut éviter à ce pays des remous politiques et des troubles sociaux. Je souhaite que les autorités de la transition prennent la mesure des choses et qu’il y ai une accélération de la mise en œuvre de ce chronogramme. Nous attendons à l’organisations des élections des élections en Guinée cette année, comme d’ailleurs la CEDEAO, l’UA, l’UE, l’ONU, les partenaires techniques et financiers. Tout le monde s’attend à ce que les lignes bougent. Le rythme de la mise en œuvre du chronogramme est lent. Il faut speeder. Il faut un coup d’accélérateur qui donnera la volonté politique du CNRD d’organiser ces élections à bref délai.

Francois Louceny Fall et le journaliste Alimou BAH en entretien

 En tant que leader politique, je ne souhaite pas que la Guinée s’embrase à nouveau. Nous avons connu des évènements douloureux, comme celui 28 septembre 2009 au stade du même nom. Il ne faut pas compliquer la situation sociale qui est déjà très compliquée. L’histoire de notre pays a été marqué par la violence. Depuis l’indépendance nous n’avons connu que la violence sous plusieurs formes. Il faut que ce pays aspire maintenant à la paix, la sécurité et la justice. Et pour créer les conditions de la paix, il faudra respecter les promesses prises. Nous sortons du traumatisme d’un régime militaire des années 2009 et 2010 avec le CNDD, le Conseil national pour la démocratie et le développement. Les conséquences de ces périodes sont dramatiques, Aujourd’hui il y a un procès pour engager et situer les responsabilités de ces périodes douloureuses. Je ne souhaite plus qu’on se replonge dans les mêmes violences et les mêmes crises.

 En tant que leader politique, moi personnellement, je ne suis pas prêt à mettre mes militants dans les rues, mais nous continuerons à revendiquer nos droits, celui d’organiser des élections démocratiques, libres et transparentes par le dialogue et la concertation.

Par quelle manière exprimeriez-vous vos revendications pour un rétablissement à l’ordre constitutionnel si vous ne descendez pas dans la rue et vous ne haussez pas le ton ?

 Les partis politiques vont faire entendre leurs voix. Les autorités de la transition et les partis politiques doivent se mettre autour d’une table pour discuter de la mise en œuvre du calendrier électoral et de la fin de la transition. Nous privilégions le dialogue et la concertation entre gouvernement et partis politiques. C’est tout le monde qui doit s’impliques, tous les partis. Il faut que ce soit inclusif.

Mais aujourd’hui je constate avec vous que certains leaders politiques sont emprisonnés et d’autres sont en exil. Je pense notamment Amadou Damaro Camara, Ibrahima Kassory Fofana, Mohammed Diane qui sont tous du RPG Arc en ciel mais emprisonnés. Il y a également les poids lourds de l’opposition Cellou Dalein Diallo et Sydia Touré qui sont en exil forcé. Vous me parlez de quel dialogue avec quels partis politiques autour de la table ?

 Aucun parti politique n’est exclu en Guinée. Certainement des leaders des partis politiques sont à l’extérieur pour des raisons personnelles. Mais leurs partis mènent des activités et organisent des réunions hebdomadaires. Les partis UFR et UFDG tiennent des assemblées générales hebdomadaires. Mon souhait est que tout ce qui concerne l’organisation des élections en Guinée, pour ramener la paix et la stabilité, il faut un processus de dialogue inclusif. Tout le monde doit participer aux élections pour que la Guinée pour une première fois s’ouvre à un processus démocratique consensuel et engager tout le peuple de Guinée vers des grands projets de développement dans la paix et la stabilité.

Aujourd’hui le procès des évènements douloureux du 28 septembres 2009 est ouvert à Conakry. Les présumés coupables sont entendus. Des témoins également sont en train d’être entendu par les magistrats. Et même vous, vous avez témoignez à ce procès en tant que témoin au moment des faits. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire de ce procès ?

 Ce procès est un procès de justice. Ça n’a rien à voir à un règlement de compte. Il y a eu des atteintes graves aux libertés fondamentales des citoyens. Il y a eu des massacres qui ont été perpétrés au stade du 28 septembre avec plus de 150 personnes tuées, des corps dissimulés, des milliers de personnes blessées gravement, des centaines de femmes violées en plein jour. C’était un véritable carnage. Il y a ce qu’on appelle des « crimes contre l’humanité » et je l’ai dit lors de mon témoignage au tribunal, devant les juges. Des crimes massifs considérés, selon les statuts de Rome, des crimes contre l’humanité. Je crois que le procès de Conakry est un exemple de justice sociale. Je souhaite que ce procès continue jusqu’à son terme. Cela servira d’exemple à la Guinée et aux autres peuples africains que nul n’est au-dessus de la loi. Nul n’a le droit de tirer sur la foule, surtout des populations qui revendiquent leurs droits légitimes. Nul n’a le droit de tuer des innocents.

A quelle image renvoie ce procès ?

 Ce procès est très encourageant. Il servira de leçon à tout le monde. Quand on connait l’histoire de la Guinée. L’histoire de la violence. Tout ce qu’on a connu au cours de notre histoire, c’est l’histoire de la violence. Il est extrêmement important que la Guinée tourne la page de la violence et ouvre un nouveau chapitre de son histoire accès sur le développement, la solidarité, la fraternité, le pardon et le partage. Un pays pacifique, respectueux des droits fondamentaux de l’homme. La vie de l’homme n’a pas de prix. Aucun gouvernement n’a le droit de faire des exécutions extrajudiciaires comme ce fut le cas en Guinée durant les 60 dernières années. Il faut y mettre fin.

Vous pensez que ce procès mettra fin à l’impunité, aux crimes de la République ou aux violences gratuites contre des paisibles populations ?

  Oui, c’est possible ! les décisions qui sortirons de ce procès serviront d’exemples pour tout le monde. Et tout le monde comprendra que si une telle pratique se perpétuait, la machine judiciaire pourra intervenir.

Et vous en tant témoin à ce procès, qu’est-ce que vous vous reprochez ? Qu’est-ce que vous reprochez aux autres leaders politiques qui étaient présents à ce rassemblement populaire ? Sur le plan juridique, organisationnel, institutionnel, dans le cadre de l’organisation de ce procès, qu’est-ce que vous reprochez aux autorités militaires qui ont décidé d’organiser ce procès contre vents et marrées et contre toute attente ?

 Les organisateurs de ce grand rassemblement du stade du 28 septembre étaient dans leur plein droit. C’était une manifestation pacifique au cours duquel les leaders politiques ont exprimé leur opposition à la main mise de l’armée sur le pouvoir. Les leaders réclamaient à un retour rapide à l’ordre constitutionnel comme le CNDD s’était engagé. Ce jour-là aucune violence de la part des populations qui étaient réunis au stade du 28 septembre n’a été constaté. S’il y a des reproches, c’est à ceux qui ont donné l’ordre de tirer sur la foule. Le CNDD en premier lieu. Mais c’est très tôt de se prononcer sur les responsabilités car elles sont entrain d’être situées avec le passage des présumés coupables et des témoins devant le tribunal. Un procès plein de contradictoires. Une première en Guinée. Le pays a connu des violences massives, des crimes énormes, des exécutions sommaires et extrajudiciaires qui sont restés sans jugement. Sans procès public. Sans avocat. Sans voir des magistrats ou des accusés. C’est la première fois qu’on présente devant un tribunal des auteurs présumés coupables d’une tuerie massive des populations, coupable de crimes graves, d’atteintes aux droits de l’homme, coupable des crimes contre l’humanité. Ce procès est un exemple dans l’histoire de la Guinée. Il va ouvrir un nouvel air pour notre pays tout en sachant que l’impunité ne doit pas être la règle. C’est ça la leçon de ce procès. Jusqu’ici je crois aux résultats de ce procès. Moi-même j’ai témoigné en toute liberté, sans contrainte d’aucun. J’ai témoigné en toute liberté en donnant la version des faits. Je suis ce procès depuis son ouverture. Les principaux coupables sont dans le box des accusés. Des témoins nombreux sont en train de passer devant le tribunal pour expliquer ce qui s’est réellement passé en amont et en aval. A la fin de ce procès on aura une idée exacte de ce qui s’est passé au stade du 28 septembre. Du nombre exact des morts, de ce qu’on a fait des corps disparus. On situera les responsabilités pour les donneurs d’ordres et les exécutants de ces ordres crapuleux.

En organisant ce procès, ce n’était pas seulement la volonté des militaires, c’est d’abord une revendication des communauté nationale et internationale. La CPI était aux trousses de la Guinée il était urgent d’organiser ce procès et de réussir ce procès. Le gouvernement guinéen actuel s’est donc engagé à organiser ce procès. Je ne fais aucune objection quand à la durée et les résultats du procès. Il faut poursuivre la tenue de ce procès. Il faut également poursuivre la mise en œuvre du calendrier électoral pour un retour à l’ordre constitutionnel. Ce sont deux objectifs majeurs que les autorités actuelles doivent poursuivre pour le salut national.

A votre avis, est-il nécessaire de réviser la constitution ou le fichier électoral aujourd’hui avant d’organiser les élections présidentielles en Guinée ?

 Oui. Pour vous dire en toute vérité moi j’étais aux forces vives en 2010. Le CNT avait mise en place une bonne constitution consensuelle. L’équipe de Hadja Rabiatou Serah Diallo, président du CNT à l’époque avait fait un bon travail. Cette constitution est maintenant caduque. Parce qu’elle avait été remise en cause pour parler de 3eme mandat. La nouvelle constitution du président Alpha Condé a été mise en place. Le CNRD a suspendu cette constitution quand elle est arrivée au pouvoir. Maintenant qu’on nous annonce une nouvelle constitution, on attend de voir cette nouvelle constitution. La constitution est absolument nécessaire. Il y aura ensuite les autres lois organiques qui vont suivre. Il est également important d’assainir Le fichier électorale. La révision des listes électorales est un processus normal. Qui n’a rien à voir avec le coup d’Etat. Il faudrait que les listes électorales reflètent la physionomie des populations nationales qui sont appelées à voter.

Aujourd’hui les populations guinéennes vivent des restrictions liées à l’internet pour des raisons de « sécurité nationale ». Cette situation entraine des conséquences dramatiques quant aux libertés d’opinion et d’expression ou aux droits à l’information et à la communication. L’accès a l’internet et aux réseaux sociaux est considéré comme une atteinte aux libertés d’expressions. Comment avez-vous accueilli cette décision des autorités publiques ?

 Internet est un droit. C’est un outil de travail indispensable aujourd’hui pour le gouvernement lui-même et les populations, les banques, les affaires, les universités, les centres de santé, les hôpitaux, les écoles et les institutions républicaines. Internet est venu démocratiser les affaires publiques. On ne peut couper l’internet dans un pays si on veut être porteur de croissance et de performances. Dans tous les secteurs d’activités, nous avons besoin d’internet qui est l’un des piliers les plus solides de l’économie. On ne peut pas imaginer les grosses pertes que l’Etat enregistre avec cette histoire de coupure d’internet. J’ai vécu cette situation au Cameroun, vers le nord du pays, vers la partie anglophone on a coupé l’internet pour des raison de sécurité nationale. J’ai pu m’entretenir avec les autorités publiques et régler le problème.  On invoque en Guinée des questions de sécurité d’Etat. Oui, nous avons tous besoin d’être en sécurité. Mais ce n’est pas la meilleure manière. On met plutôt les populations en insécurité en coupant internet. Tous les peuples du monde travaillent pour leur sécurité. Il y a plusieurs méthodes de contrôler les informations qui passent par internet. Internet ne doit pas être fermé aux populations. C’est une violation grave des droits des populations à l’information.

La situation de la Guinée est très ridicule. C’est un pays à la fois riche et pauvre. Qu’est ce qui explique ce paradoxe ?

 Nous avons fait le constat que dans notre vision politique que la Guinée est réellement un paradoxe. La Guinée dispose des atouts énormes qui auraient dû faire de la Guinée un pays prospère économiquement. Malheureusement ce n’est as le cas à cause des vicissitudes de l’histoire et du leadership que nous avons connu depuis l’indépendance. La Guinée n’est toujours pas sortie de cette situation de pauvreté malgré l’énormité de ses ressources. Qu’est ce qui explique cela ? c’est le manque de vision et de leadership. Pour mettre fin à ce paradoxe, il faut doter le pays d’un leadership et une vision par des élections démocratiques, mettre en place des gens compétentes et expérimentées, honnête, loyales et d’une grande probité morale qui peuvent mettre leurs compétences et leurs engagements au service de notre pays pour faire de l’économie. Nous ne devons pas toujours vivre avec les recettes minières. Nous devons retourner aux premiers fondamentaux d’une économie moderne basée sur l’agriculture moderne, transformée par l’irrigation et la maitrise de l’eau sans laquelle on aura aucun résultat en matière agricole. Il faut créer des banques agricoles pour accorder des crédits aux agriculteurs, aux paysans, améliorer les mesures culturales, développer des plaines agricoles de la basse Guinée et de la haute Guinée, améliorer les cultures d’exportation de la zone forestière et de la basse cote. Faire de la Guinée un pays qui produit énormément de ressources agricoles pour assurer l’autosuffisance alimentaire, c’est l’un des volets de notre politique agricole. La Guinée doit retrouver sa place qu’elle occupait avant même l’indépendance. Elle doit produire et exporter à terme comme le café, la cacao, l’hévéa, la goyave, l’ananas, les oranges, la banane, l’avocat etc. Pour cela il faut une bonne politique agricole.

 Cela ne suffit pas. Il faut tirer les ressources de l’Etat. Il faut les mobiliser. Il faut les sécuriser. Mettre fin a la gabegie et à l’hémorragie financière. Lutter contre la corruption, le favoritisme et le laxisme. Tout cela pour permettre aux ressources du pays d’aller vers le développement des infrastructures de base comme les écoles, les centre de santé, l’eau, l’électricité…

 Si nous sécurisons les ressources intérieures, les ressources financières, avec une bonne gouvernance et l’assistance des partenaires techniques et financiers et les institutions financières internationales comme les institutions de Breton Woods, la Guinée peut s’ouvrir à l’investissement extérieur qui permettra la création des entreprises. Le développement économique, l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes, la microfinance et l’assistance de l’Etat dans la création de la richesse permettront fortement et substantiellement d’améliorer les conditions de vie des populations.

Et si vous vous prononcez sur la situation économique actuelle de la Guinée ?

 La situation économique actuelle des guinéens est désastreuse. La Guinée manque de cadres compétents et expérimentées pour moderniser et moraliser l’administration publique, les institutions. La Guinée a besoin d’avoir un gouvernement démocratique, des institutions fortes, des hommes et femmes capables et compétents, des grands leaders visionnaires. Il y a beaucoup de problèmes au niveau de la gestion économique et financière, de malversation financière, des détournements des deniers publics et la mauvaise foi de certains cadres.

Aujourd’hui beaucoup de politiciens sont emprisonnés pour des raisons de détournements. Quels commentaires faites-vous de cette situation ?

 Je pense que chaque responsable doit rendre compte de sa gestion. Si aujourd’hui je rentre et sors sans inquiétude, c’est parce que je n’ai rien à me reprocher dans le cadre de ma gestion antérieure des affaires publiques. On est toujours responsable de ce qu’on fait quand on est aux affaires. Il faut laisser la justice faire son travail pour les personnes qui sont arrêtées. Je ne voudrai pas trop commenter cette question parce que je ne voudrai trop me mêler des questions de justice. La seule chose que je dois dire ce que quand on gère un pays, on doit tenir en compte de certaines valeurs. La justice pour moi ne doit pas un instrument de répression. Nous devons faire confiance à la justice et laisser la justice faire son travail.

Et par rapport à ces leaders politiques chassés du pays, je parle notamment de Cellou Dalein Diallo et de Sidya Touré ?

 Ce sont des collègues, des amis à moi. Je les rencontre à chaque fois quand c’est nécessaire. Je parle avec eux. Chacun a sa raison d’être à l’extérieur. Je n’ai pas vu une ordonnance du pays qui les a chassés.

Ils sont en exil, on est d’accord ?

 Bon, l’exil est un choix. C’est leur choix de s’exiler. Ils sont choisis d’être à l’extérieur et je ne peux pas commenter leur choix. C’est leur choix. Certainement il craint d’être persécutés ou arrêtés ou poursuivis, mais c’est leurs décisions je ne veux pas les commenter.

Et vous ? vous ne vous reprochez de rien dans la gestion des affaires publiques durant les moments que vous avez servi le pays ?

 Je prends à témoin le peuple de Guinée. Je n’ai rien à me reprocher. Sinon les autorités actuelles m’auraient arrêtées. J’ai servi la Guinée. J’ai servi deux Présidents de la République. J’ai travaillé avec le Président General Lansana Conte, en tant que ministre des affaire étrangère et son premier ministre. Puis j’ai démissionné. Ensuite j’ai servi le Président Alpha Condé, comme Secrétaire général à la présidence, puis ministre des affaire étrangères. Puis j’ai quitté pour d’autres fonctions avec l’ONU en Afrique centrale. Si on me reprochait de quelque chose certainement, on m’aurait poursuivi. Pendant tout le temps où j’ai été aux affaires de l’Etat, mon premier souci était de respecter les biens de l’Etat. Je me suis évertué à respecter cette règle. C’est ce qui me sauve aujourd’hui. J’ai mis la probité morale, le leadership et la compétence.

Donc si les autres sont poursuivis, c’est parce qu’on les reproche de quelque chose ?

Non, Non, Non ! ne m’amenez pas sur ce terrain. Je n’ai pas dit ça. Je vous parle de moi. C’est à la justice dire qui est doit à l’Etat et qui ne doit pas à l’Etat. Ce n’est pas moi. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Ce sont des collègues à moi, ce sont des amis à moi. Mon souhait est qu’on soit tous ensemble pour travailler dans l’intérêt du pays. Dans le passé, nous avons mené le même combat pour la restauration de la démocratie et l’Etat de droit. Je voudrai appeler tout le monde à travailler ensemble pour que la Guinée retrouve un régime démocratique. Mon souhait est de les voir en Guinée. Ce son des amis à moi.

 Aujourd’hui vous avez créé un parti politique pour vous lancer dans la course pour les présidentielles. Quelle sont vos motivations et vos ambitions ?

 Je pense que les Guinéens doivent se ressaisir et se dire qu’il y a un temps pour tout. Le moment est venu pour nous autres de nous libérer de nos émotions négatives et de nos sentiments d’impuissances.  Nous devons briser ce paradoxe que la Guinée présente.  Les Guinéens doivent profiter de leurs ressources et de leurs richesses. Mettre fin à cette pauvreté inédite et inexplicable.  Donner à la Guinée un autre chemin, le chemin de la gloire, de la réussite, du travail et du développement. Mettre le pays sur les rails de la démocratie et du développement. Nous sommes attachés à cela. Nous devons faire ce travail pour nous même et pour les futures générations.

C’est quoi l’objectif principal de la création de votre parti, Union Nationale des Patriotes de Guinée ?

 C’est faire en sorte que nous puissions contribuer à lutter contre le paradoxe guinéen. Mettre fin à ce paradoxe. Doter la Guinée d’une économie forte, des hommes compétents et capables, des institutions fortes et une administration au service de tous afin de faire notre pays un pays prospère où il faut bon vivre pour tout le monde.

Comment organisez-vous votre arrivée au pouvoir ?

 Nous avons un parti politique agrée. Nous nous implantons partout en Guinée et à l’étranger. Nous voulons mobiliser tout le monde pour gagner dans les urnes avec les gens qui nous font confiances. Nous avons un message clair. Sortir de la pauvreté, développer le pays, mettre fin au paradoxe guinéen. Tout le monde est convaincu de notre programme de société; de notre vision et de notre mission.

Quels sont les principaux domaines dans lesquels tourne votre plan d’action ?

  La justice qui sera notre boussole. La diversification de l’économie, le développement de l’agriculture, modernisation de l’administration, la digitalisation de l’économie, l’agro-industrie, les infrastructures de base, l’environnement et la sécurité et la défense nationale, la diplomatie et la coopération internationale, la réconciliation nationale.

En parlant de réconciliation nationale, quels sont vos rapports véritables entre vous et Sidya Toure et Cellou Dalein Diallo ?

 Des très bons rapports d’amitiés, de fraternité et de coopération. Je les rencontre tous, je les parle tous. On est tous d’accord. Rien n’affecte nos rapports. Tout se passe bien entre nous. Ce sont des amis à moi. Je vous le répète. Sidya est un grand ami. Cellou c’est un promotionnaire. Nous avons fait une même école. On s’entend bien.

Parlons Afrique. Et précisément de la CEDEAO. Trois pays membres de la Communauté économiques des Etats de l’Afrique de l’Ouest sont sortie de l’organisation sous-régionale. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso forment aujourd’hui ce qu’ils appellent l’Alliance des Etats du Sahel, AES. Quel est l’impact de cette décision dans la vie de l’organisation ouest-africaine ?

  La CEDEAO, Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, était un modèle d’intégration très remarquable dans la sous-région. Depuis le plan d’action de Lagos, et l’horizon de l’agenda 2063 de l’Union Africaine, il a été recommandé vivement que les Communautés économiques régionales, CER, puissent s’intégrer et se développer pour atteindre les objectifs de l’horizon 2063. La CEDEAO avait pris le bon chemin. Mais au cours de ces dernières années il y a eu beaucoup de problèmes dans la sous-région ouest africaine avec des coups d’Etat répétitifs, d’instabilités politiques et de changement de régimes politiques qui affectent même le cœur des institutions. L’Afrique de l’ouest est aujourd’hui le théâtre de grandes convulsions. Ces évènements ont touché le départ de trois grands pays comme le Niger, le Burkina Faso et le Mali pour former l’Alliance des Etats du Sahel AES. Ces pays ont formé un pacte de défense mutuelle le 16 septembre 2023. Ils ont décidé de claquer la porte de la CEDEAO en dénonçant ses sanctions contre leurs peuples. Moi je crois à la CEDEAO. J’y crois profondément. J’ai toujours considéré que les problèmes des Etats Africains sont au-dessus de nos performances nationales et que nous devons nous unir pour former des grands ensembles économiques et d’intégration sous-régionale. C’était la vision des pères fondateurs de l’UA. La CEDEAO doit rester. Elle doit se développer. Les valeurs de la CEDEAO doivent être respectées. Mais ce qui me désole, c’est la manière dont les affaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont été traité. Personnellement je n’ai pas apprécié les sanctions contre ces pays. A l’époque où j’étais ministre des affaires étrangères, nous avions une commission ministérielle de paix et de facilitation qui fonctionnait bien. Nana Akuffo, actuelle Président du Ghana était avec nous. Il était à l’époque ministre des Affaires étrangères. Nous avions Cheick Tidiane Gadio et bien d’autres qui avaient impulsé les valeurs de la CEDEAO. Nous avons résolus beaucoup de problèmes en Afrique de l’Ouest. Des crises. Des coup d’Etat en Guinée Bissao et autres sans qu’on soit amené à prendre des sanctions contre qui que ce soit pour paralyser ces pays. Nous les avons réglés par la diplomatie, le dialogue et la concertation. Aujourd’hui on ne peut pas prendre des sanctions économiques pour paralyser un pays et que j’accepte. Je dis non.

Francois Louceny Fall et Banki Moon, ancien secrétaire général de l’ONU

 Ces trois Etats ont pris une décision qui impacte la CEDEAO. Tous ces pays ont joué un rôle important dans la construction et la solidification des valeurs de la CEDEAO. Le Mali ne peut pas se dissocier de l’Afrique de l’Ouest. Les maliens sont des fédéralistes. Il y a une nécessité de dialogue et de se remettre en cause. La CEDEAO doit ouvrir la porte du dialogue et refermer la porte des sanctions. La direction actuelle de la CEDEAO doit se ressaisir et faire de la CEDEAO un espace de démocratie. L’intégration réelle est possible avec des pays qui ont les mêmes valeurs. On doit ramener les valeurs de la CEDEAO sur la table de négociation et aider chaque pays à sortir de sa léthargie et de ses convulsions. C’est mon souhait en tant que diplomate.

Je vous remercie.

Entretien réalisé par Mamadou BAH

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